Si, il y a encore quelques mois, on m’avait dit que j’allais prendre une licence de pétanque, j’aurais probablement éclaté de rire. Parce que, soyons honnêtes, la pétanque souffre d’une sacrée réputation.
On l’imagine entre deux verres de pastis, sous les platanes, avec quelques clichés bien installés. Et pourtant…
Depuis que je mets les pieds sur les terrains, j’ai découvert un monde que je n’avais pas vu venir. Un monde où l’on parle de stratégie, de précision, de lecture du jeu, d’équipe, de concentration.
Et surtout…d’émotions. Beaucoup d’émotions.
Je pensais apprendre à pointer, j’apprends surtout à me gérer.
J’ai découvert une Charlotte qui a envie de gagner. Pas au point d’écraser les autres. Mais au point de ne rien lâcher.
J’ai découvert une Charlotte capable de rester concentrée malgré les remarques des adversaires, les réflexions parfois un peu piquantes ou les coups de pression.
J’ai appris à garder un visage calme alors qu’à l’intérieur, tout s’agite. À ne pas laisser une boule ratée décider de la suivante. À revenir dans le moment présent.
Je ne suis pourtant pas, au départ, un exemple de la patience, du self contrôle. Je suis une hypersensible qui a toujours été influencée par son environnement, qui ressent très fort et tout le temps. J’ai donc eu, quelquefois, envie d’insulter un joueur, ou de me disputer avec mon partenaire de jeu. J’ai eu envie d’abandonner, je me suis jugée sur ma qualité de jeu, je me suis même parfois enfoncée.
Bref.
La pétanque est un terrain d’entraînement incroyable pour l’intelligence émotionnelle. Parce qu’une émotion mal gérée coûte parfois plus cher qu’une mauvaise boule ! Tu apprends donc à te transformer en Bouddha.
La pétanque c’est aussi… des petites traditions…
Comme ce fameux moment où certains hommes donnent spontanément le bouchon aux femmes. C’est gentil. Vraiment, mais je refuse presque toujours.
Pas par orgueil mais par conviction. Je suis là pour jouer comme tout le monde pas pour bénéficier d’un privilège parce que je suis une femme.
Et puis il y a ce moment mythique du pile ou face, pour savoir qui démarre la partie et qui choisit le terrain.
« Pile ou face » ou « tête ou chiffre ».
J’avoue, la première fois, j’ai cherché le “pile”.
Manifestement, dans le monde de la pétanque, il est parti en vacances depuis longtemps. Ces petits codes me font sourire. Ils racontent une culture, une forme d’identité. Un univers que je découvre avec beaucoup de curiosité et d’envie.
Ce qui me touche le plus c’est le collectif, l’équipe, le partage. Le partage c’est une de mes raisons d’être.
À la pétanque, on ne joue pas seulement contre des adversaires, on joue avec quelqu’un, on apprend à encourager, à rassurer, à ne pas transmettre son stress, à faire confiance, à guider, à célébrer une belle boule de son partenaire comme si c’était la sienne.
Finalement, je retrouve exactement ce qui me passionne dans mon métier : les émotions, la posture, la communication, le lien.
Alors NON !
La pétanque n’est pas seulement un jeu de boules. C’est un formidable laboratoire humain. Et comme souvent dans la vie, ce n’est pas ce que l’on fait qui nous transforme, c’est ce que cette expérience vient révéler de nous.
Je crois que c’est aussi pour ça que j’ai envie de prendre une licence. Pas seulement pour progresser mais parce que je sens qu’il y a encore beaucoup de choses à apprendre…Sur le terrain et surtout, sur moi.
Je crois que chaque expérience peut devenir un miroir. La pétanque n’était pas sur ma “bucket list”. Aujourd’hui, elle m’apprend qu’on peut viser juste sans s’agiter, perdre une mène sans perdre confiance, et découvrir, au détour d’un terrain en gravier, une nouvelle façon de grandir.